Dans l'ombre des préventionnistes

Feu d'entrepot Depuis quelques années, l’activité opérationnelle des sapeurs-pompiers a complètement changé.

Les anciens sapeurs-pompiers ont toujours plaisir à nous raconter les nombreux feux monstrueux qu’ils ont combattus durant l’époque où l’incendie était leur principale mission.


De nos jours pourtant, seuls 10 % des interventions concernent le feu, et de petits sinistres pour la presque totalité.

S’il existe de nombreuses explications à ce phénomène, l’évolution de la règlementation encadrant la construction ou la rénovation des bâtiments semble être la principale cause du déclin de l’importance et du nombre de sinistres.
Si l'on médiatise parfaitement ceux qui utilisent les lances à eau, on connaît trop peu ceux qui, habillés de la même manière, sont chargés de faire appliquer les lois relatives à la prévention des risques d’incendie et de panique dans les établissements recevant du public.

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Les missions liées à la Prévention consistent principalement à contrôler l'application des textes de loi et des règlements relatifs aux risques d'incendie et de panique dans les Etablissements Recevant du Public (ERP) et les Immeubles de Grande Hauteur (IGH).

Pour ces missions, le SDIS dispose :

- D'un service prévention basé à la direction départementale. Il est compétant sur l'ensemble du département
- De services de prévention déconcentrés dans les groupements territoriaux et compétents sur le territoire de leurs arrondissements.

Chaque année, près de 2 000 dossiers sont étudiés. Ils concernent les demandes de permis de construire, les déclarations de travaux et les permis d’aménagement pour les établissements recevant du public (ERP) et les immeubles de grande hauteur. Les ERP sont classés en fonction de leur activité (Type R : enseignement, type M : magasins, type X : établissement sportif…), et de l’effectif du public (de la 5ème catégorie à la 1ère : effectif> 1500 personnes).

LtCol Pierre FerrandesLe Lt-Colonel Pierre Ferrandes, commandant le groupement "Prévention - Prévision", précise qu’il n’y a pas de petits  dossiers :  "Le service prévention est soumis à des délais d’étude rigoureux, chaque préventionniste doit se remettre perpétuellement en cause et suivre l’évolution de la réglementation."

Chaque membre du service parcourt chaque année environ 30 000 km pour ses missions. Même s'il est soumis à des pressions politiques, professionnelles ou commerciales, chaque préventionniste engage, par sa signature, sa responsabilité pénale ainsi que celle du SDIS.
Dans différentes commissions de sécurité, le préventionniste est chargé d'effectuer un rapport donnant son avis sur la conformité des ERP aux règlements.

Il existe trois types de commissions : communales sous la présidence du Maire; d’arrondissement, présidées par le sous Préfet; départementales, présidées par le Préfet.

Les préventionnistes mosellans effectuent environ 1200 visites de sécurité par an, qu’elles soient de conformité, inopinées, périodiques (2 à 5 ans) ou d’ouverture d’un ERP. Le groupement prévention gère le fichier départemental des ERP. Ce fichier comprend les dossiers des 3194 établissements du 1er groupe (de la 1ère à la 4ème catégorie plus les 5èmes des établissements à sommeil).

Mais les préventionnistes sont avant tout les conseillers techniques du Préfet, des Maires, mais aussi des maîtres d’oeuvre (architectes et bureaux d’étude) et des maîtres d’ouvrages (propriétaires). Lors des examens d'agents de sécurité, un sapeur pompier préventionniste, le capitaine Jean Michel SIMON, est désigné comme Président du jury.

On ne plaisante pas avec le risque ...

L’amélioration de la sécurité passe par les mises aux normes des établissements existants tels les hôpitaux, les maisons de retraite, les collèges ou les lycées. Un avis défavorable de la commission de sécurité peut permettre à l’exploitant de justifier un financement complémentaire.

Feu d'entrepotL’utilité d'une coopération entre un exploitant et un préventionniste se confirme lorsque le Lt-Col Ferrandes cite l’exemple d'une communauté d’Emmaüs à Forbach : "Une visite dans leurs entrepôts nous a conduit à leur demander d'installer une porte coupe-feu. Quelque temps après les travaux, la communauté a été victime d’un incendie. L'installation de cette porte a permis de sauver le stock de marchandises."

Dans une vitrine, le service prévention expose une collection de cales improvisées ou sophistiquées, confisquées lors des visites de sécurité sous des portes coupe-feu qui devraient rester fermées. Il s'agit notamment de bandages entourant les portes dans les hôpitaux, des pavés dans les magasins ou encore des cales en bois dans certains ateliers.

En interrogeant Pierre Ferrandes, un large sourire l'éclaire lorsque l'on évoque les anecdotes du travail des préventionnistes. En voici quelques perles :

- L’aménagement d’une mosquée improvisée dans les sous-sols d’une église.

- Une commission inopinée dans un club échangiste non répertorié.

- La mauvaise foi d’un exploitant affirmant qu’il n'a pas de locaux à sommeil alors que la commission découvre des lits encore chauds .

- Un poteau d’incendie installé suite à la demande de la commission, mais sans eau: il n’était pas relié à la conduite.

- La prise en flagrant délit, lors d’une visite inopinée, du déblocage des sorties de secours juste avant le passage des préventionnistes.

- La visite d’une discothèque à 23 heures (!!), à la demande d’un sous Préfet, pour le comptage du public.